François-Henri Désérable, écrivain épris de voyages (L’usure d’un monde : une traversée de l’Iran, Les Notes juin 2023), part en Amérique Latine sur les pas de d’Ernesto Guevara, vingt-trois ans, et Alberto Granado. Au cours de leur voyage initiatique de 1951, le Che devient marxiste, défenseur des pauvres et des opprimés ; il participera à la révolution cubaine avec Fidel Castro avant d’être abattu en Bolivie en 1967. Les écrits des deux « G » guident le trentenaire, en moto, en stop, en car, en bateau… La traversée du continent sud-américain vers le nord, de Buenos-Aires à Cuba en passant par le Chili, la Bolivie, le Pérou, la Colombie, le Venezuela, est ponctuée d’aventures cocasses, de rencontres inattendues. « Un récit de voyage doit observer, décrire, sans juger ». Il est difficile de rendre compte des paysages magnifiques, les mots n’étant que « l’imparfait du subjectif ». Mais les nombreuses références littéraires sont toujours appropriées, les épisodes historiques vivants et les observations sociologiques percutantes. À Lima, où cohabitent toujours nantis et pauvres des bidonvilles séparés aujourd’hui par le « Mur de la Honte », l’écrivain voyageur pense au Che « qui tremblait d’indignation à chaque injustice ». Un poète turc a écrit « Je n’emporterai dans ma tombe que le chagrin d’un chant inachevé » : un bel hommage à la figure symbolique du Che, comme ce témoignage coloré. (L.G. et A.-M.G.)